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Un pas en avant, deux pas en arrière : les négociations à la sauce turque

Déclaration de presse, le 15 février 2013

Quatorze années se sont écoulées depuis l’enlèvement d’Abdullah Öcalan au cours d’une opération internationale menée par les services secrets de différents pays, et la question kurde demeure plus que jamais au coeur de l’actualité. Le fait même que cet acte ait été entrepris en violation de toutes les lois et de tous les traités internationaux n’a pas suffi à faire changer les choses.

Des politiciens turcs de premier plan, qui qualifiaient jadis Abdullah Öcalan d’“ennemi public numéro un”, considèrent aujourd’hui “Imrali” comme l’autorité avec laquelle négocier afin de résoudre cette question si controversée.

Imrali, île-prison située en pleine mer de Marmara, en Turquie, sur laquelle est détenue Abdullah Öcalan, représente d’une part une violation du droit international, marquée par l’isolement, la torture l’arbitraire et l’absence d’Etat de droit ; tandis qu’elle est, d’autre part, largement considérée comme la “force motrice” d’un processus long et sanglant de négociation entre l’Etat turc et le peuple kurde qui continue d’insister sur ses droits civiques.

Ce processus avait déjà atteint un stade avancé en 2011, lorsqu’une délégation composée de membres hauts placés des services secrets turcs négocia, sur ordre du gouvernement turc, avec le leader kurde. Des pourparlers eurent également lieu avec des représentants de premier plan du mouvement de résistance kurde en Europe et au nord de l’Irak. Un plan conjoint envisageant la mise en place de mesures mutuellement interdépendantes pour la résolution de la question kurde fut accepté et ratifié par les représentants kurdes. Seul manquait pour lancer les premières mesures concrètes l’approbation de Recep Tayyip Erdoğan, le premier ministre turc. Mais Erdoğan se défila et, dans un retournement de veste sans précédent, décida d’ignorer les résultats de ces pourparlers. S’ensuivit l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire du conflit turco-kurde. Erdoğan employa des arguments fallacieux pour légitimer l’escalade militaire et l’intensification des opérations militaires contre les forces de guérilla kurdes, les vagues d’arrestations contre des militants politiques kurdes et la répression sévère de la population civile kurde.

En décembre 2012, Erdoğan annonça la reprise des pourparlers avec “Imrali” afin de désarmer le mouvement de résistance kurde. Les Kurdes réagirent de manière modérée à ces déclarations. Les mots choisis par Erdoğan, ainsi que son insistance appuyée sur la négation de la question kurde, firent naître des doutes quant au sérieux de ces discussions. Les éléments manquent afin de pouvoir les évaluer de manière critique. Une seule délégation du Parti de la Paix et de la Démocratie (BDP, pro-kurde) a pu rendre visite à Abdullah Öcalan. Dans le même temps, cela fait quinze mois que les avocats du leader kurde n’ont pu le rencontrer. Pire encore, l’assassinat de trois militantes kurdes à Paris, la chasse menée contre des unités de guérilleros dispersées dans les montagnes kurdes et la poursuite des arrestations de politiciens kurdes empêchent l’instauration d’un climat de confiance.

Depuis des semaines, les représentants du gouvernement et les représentants du mouvement kurde s’échangent des coups par médias interposés, marquant ainsi leurs positions respectives. Une inconnue plane encore sur le sérieux des exigences turques quant au désarmement et au retrait du territoire turc des forces de guérilla kurdes avant l’ouverture de tout processus politique. Un tel processus de paix ne semble, en effet, guère prometteur. Comme dans tous les processus de paix, les causes politiques du conflit doivent être débattues et des mesures pour leur résolution doivent être prises avant la mise en place d’une telle démobilisation ou de détails techniques similaires.

Par ailleurs, la force et la persistance de la doctrine anti-kurde en Turquie apparaissent clairement dans la position turque sur la guerre civile en Syrie, où des djihadistes islamistes entraînés par la Turquie attaquent les villes situées dans les zones kurdes du Nord. Ceci, associé à la répression arbitraire menée contre l’opposition en Turquie, laisse peu d’espoir quant à la volonté du gouvernement de prendre des mesures positives. La situation catastrophique en termes de droits de l’homme et la surpopulation carcérale montrent que le chemin est encore long avant l’adhésion de la Turquie à l’Etat de droit.

Néanmoins, il ne faut pas minimiser l’importance et l’impact potentiel de ces pourparlers. Seul le dialogue peut ouvrir de nouvelles perspectives de solution. Une résolution négociée ne peut être imposée de manière unilatérale et bureaucratique, quoiqu’en pense le premier ministre. Si l’on souhaite le succès de ces négociations, elles doivent être conduites de manière honnête, avec une égale participation de toutes les parties prenantes au conflit. Abdullah Öcalan a une fois encore démontré qu’il est un des architectes d’une solution politique et un acteur majeur de ce processus. Son rôle proactif est la force motrice soutenant ce processus que la Turquie considère aujourd’hui comme nécessaire. Pour cette raison, il doit être aidé de toutes les façons possibles. Une première mesure à cet effet pourrait être de le transférer en résidence surveillée. Du point de vue de l’histoire, sa libération n’est qu’une question de temps.

Liberté pour Abdullah Öcalan – Paix au Kurdistan !

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